Big Data : incantation et inertie à la française

Big Data : Une question d’avenir

Le Big Data est, depuis des années, listé parmi les priorités des enjeux dans le cadre de relances de la croissance de l’économie par l’innovation. C’est le cas de tous les rapports rendus ces dix dernières années, qu’ils portent sur la compétitivité, l’innovation, l’investissement ou le développement industriel de la France.

Un enjeu stratégique sous-estimé

Comme ses prédécesseurs, le tout récent rapport d’Anne Lauvergeon « Innovation 2030 » souligne et cible le Big Data comme l’une des sept « ambitions » à prioriser pour relancer l’économie. Indéniablement, de toutes les révolutions industrielles, la maitrise et l’exploitation des métadonnées numériques sont l’un des enjeux économiques les plus importants de l’ère numérique. Il s’agit de la collecte, du traitement, du stockage et surtout de la valorisation de ces masses de données. Le rapport « Innovation 2030 » cite le cabinet de conseil Mc Kinsey selon lequel, en « 2025, les Big Data représenteront 5 000 milliards de dollars par an » et que « la valeur ajoutée française de cette filière est estimée à 4,8 Mds € en 2010 avec une croissance d’environ 7% par an ».

La valorisation des données volumineuses issues de l’accroissement exponentiel de l’utilisation d’internet génère un volume de données numériques par milliard. Une accélération qui a notamment conduit les géants de l’internet à développer leurs propres technologies de stockage et de traitement des données. L’explosion des données disponibles, générées par les particuliers ou détenues par les entreprises et les pouvoirs publics constitue un potentiel de développement majeur pour les entreprises ; aussi bien dans la revente des résultats des analyses de l’information que dans le lancement de nouveaux produits compte tenu des nombreux champs d’application possibles dans les principaux secteurs de l’économie. Les applications concernent aussi bien les secteurs divers de l’économie : l’environnement, l’énergie, l’automobile, les banques – assurances… que les services aux personnes en passant par les nouvelles applications pour Smartphones.

Des alertes déjà anciennes

Au cours de ces 10 dernières années, plusieurs rapports ont souligné l’importance du Big Data pour la France : en 2003, Bernard Carayon dans le rapport « Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale » préconisait déjà « une aide pour favoriser l’industrie française dans le domaine du traitement de l’information ». En 2009, la Commission présidée par Messieurs Juppé et Rocard « Investir pour l’Avenir », recommandait de « définir de grandes priorités», et retenait, sept «axes» d’investissement, le 7ème axe conseillait d’ « Investir dans la société numérique » et précisait que « le secteur numérique représente plus du quart de la croissance et 40 % des gains de productivité de l’économie ». La Commission proposait de financer « des projets partenariaux publics-privés de recherche et de démonstration visant la conception de logiciels, d’usages et de contenus numériques innovants dans tous les domaines : réseaux intelligents (électriques et de transport), télétravail, la télémédecine, l’e-santé, l’e-administration, l’e-éducation, l’e-justice, la numérisation des contenus culturels… au besoin en s’appuyant sur le développement d’infrastructures partagées (cloud computing, supercalculateurs…). » Le rapport Gallois quant à lui, en novembre 2012 donnait aussi une priorité à l’investissement au numérique.

Les atouts spoliés de la France

Bien que la France reconnaisse son retard criant dans l’exploitation de ces données massives, elle détient malgré tout des atouts indéniables. Elle bénéficie, en effet, d’une renommée mondiale dans la qualité de ses ingénieurs, de ses mathématiciens et statisticiens. Or, le « Big Data » est essentiellement basé sur de l’informatique, des mathématiques et des statistiques permettant de trouver les algorithmes pouvant analyser ces données. Cette base scientifique est indispensable dans l’exploitation des données massives. Alors que les rapports pointent, tous, un retard dans ce domaine, la France semble encore et toujours dans la phase des recommandations, figée dans l’inertie, dans la non décision et la non action. Pendant ce temps, la complexité administrative associée au refus du soutien par les banques des projets innovants continue d’être une faiblesse française et mène les entreprises à céder de plus en plus leurs brevets à l’étranger. Une étude de novembre 2012 de France Brevets menée avec l’école Mines Paris Tech déplore même « une hausse exponentielle après 2004 » des cessions de brevets, alors que la France est le 2ème pays européen et a la 6ème place mondiale en termes de dépôts de brevets. Ce paradoxe est emblématique de la façon dont la France est la source de grandes inventions sans véritablement les exploiter ni les transformer en succès industriels qui seraient porteurs d’emplois et de richesses.

La France absente de la course à la puissance

Dans le cadre du « Foreign Intelligence Surveillance Amendment Act » le Sénat américain a légalisé l’accès à toutes les données en ligne, en particulier celles stockées dans les services cloud US. La NSA construit, par ailleurs, un gigantesque Datacenter dans l’Utha, le « Community Comprehensive National Cybersecurity Initiative Data Center » d’une capacité de stockage de l’ordre du yottabytes (10 puissance 24 bytes). Ce centre permettra de capter toute forme de communication (mails, appel téléphonique, requêtes sur moteur de recherche, reçus de transactions commerciales, empreintes numériques privées…). Ajoutons que Google, par exemple, ne cesse continuellement de repousser les limites dans l’exploitation des données personnelles et vient, par ailleurs, de modifier, dans la plus grande discrétion, une clause de ses conditions d’utilisation qui entrera en vigueur dès le 11 novembre prochain, pour exploiter les avis des détenteurs de compte Google +, Gmail, YouTube et les associer à des bannières publicitaires.

Depuis plusieurs années maintenant la collecte des métadonnées est une pratique stratégique. Il n’y a qu’à se pencher sur la lutte acharnée que se livrent la Chine et les Etats – Unis dans le domaine du Calcul Haute Performance (HPC) pour en mesurer l’enjeu. L’enjeu pour ces deux nations est clairement l’acquisition d’une suprématie. Or, ces ressorts manquent cruellement en France où cette volonté d’accroissement de puissance semble quasi inerte si l’on en juge par ces nombreux rapports portés par des commissions compétentes et qui ont toute proposé leur lot de recommandations, mais qui n’ont pas créé la même dynamique qu’aux Etats – Unis ou en Chine. Mais, comme le souligne Jean Michel Treille, « Définir une stratégie industrielle est une chose, l’appliquer, une autre.

 

Big Data

 

 

 

Note : L’IDÉE regroupe des citoyens non-spécialistes préoccupés par les questions d’autonomie stratégique. Nous vous encourageons à apporter des éléments de compréhension, contradictoires ou non, aux thèmes abordés.

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Un commentaire sur “Big Data : incantation et inertie à la française
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