L’Europe doit s’attaquer au Big Data !

Faisons du Big data une chance pour l’Europe

Introduction

Ce début de XXIè siècle est marqué par une nouvelle révolution informationnelle : celui de l’exploitation de la donnée. La généralisation des réseaux informatiques à travers le monde et les capacités exponentielles de stockage ont rendu possible le croisement des informations institutionnelles, d’entreprises ou de particuliers pour en extraire des données invisibles à l’œil nu, et leur exploitation pour proposer des services à plus ou moins haute valeur ajoutée. Perçues à l’origine comme de véritables « boules de cristal » qui vont révolutionner le monde de l’Internet en permettant de voir l’avenir, la collecte, l’analyse et l’exploitation des « Mégadonnées » ne cessent d’étendre leur emprise car les ingénieurs découvrent sans cesse de nouveaux champs d’application.

Dans cette société 3.0 qui se digitalise à grande vitesse, le Big data est un élément central et les pays dominants de demain se positionnent sur ce marché depuis déjà quelques années. Les Etats-Unis et la Chine font la course en tête tandis que l’Europe est déjà très fortement distancée. Pourtant elle possède d’indéniables atouts pour être parmi les leaders mondiaux sur ce secteur d’activité qui modifie déjà notre manière de voir le monde, de travailler, d’apprendre, de nous faire soigner.

Mais l’Europe va-t-elle revendiquer et affirmer sa volonté de jouer dans la cour des grands, saura-t-elle exploiter ses talents et mettre en place une politique volontariste, osera-t-elle pour assumer son statut de puissance économique mondiale majeure ?

  1. La data : or noir du XXIè siècle

Le secteur du big data est un secteur en pleine explosion qui a été rendu possible grâce à des outils analytiques très performants, au développement de la modélisation mathématique de données, l’essor de la puissance phénoménale des calculateurs et à la très grande capacité de stockage des serveurs. Pour les sociétés qui se sont d’ailleurs spécialisées dans ces solutions, il s’agit là d’un véritable eldorado et d’une tendance qui s’inscrit dans la durée avec un marché estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars. Le big data se positionne principalement sur trois secteurs, à savoir :

  • Le premier, classique, est le brassage de données et la mise en valeur de facteurs pertinents qui vont permettre de cibler a posteriori du traitement une population donnée selon un objectif précis (vente ultra-personnalisée, contrôle de sécurité, dépistage de personnes à risques par exemple) ;
  • Le second, encore minoritaire mais en croissance constante, se base sur l’analyse prédictive de certains comportements et/ou phénomènes à partir de données issues d’un même secteur et leur classement en un certain nombre de catégories selon une cartographie spécifique réalisée préalablement. Cette activité est basée sur des séries de probabilités qui indiquent que l’être humain, les épidémies, les événements climatiques, les crises financières et d’autres épisodes cycliques sont globalement prévisibles grâce à l’analyse amont des données issues des précédentes générations d’individus ou des incidents préalables.
  • Le troisième est axé sur le croisement de données parfois et même souvent sans rapport direct apparent entre elles mais qui permet de détecter ce que l’on appelle les signaux faibles, annonciateurs d’un épisode particulier, ou même maintenant avec la richesse de bases de données, l’alerte des fameux « cygnes noirs ».

Et, si la data est devenue l’or noir du XXIè siècle, le Big Data, couplé à des méthodes comme le machine et le deep learning ([1]) et à l’explosion de la puissance de calcul, est l’outil qui permettra de lui donner du sens puisqu’il recherche des corrélations entre des informations qui n’ont a priori aucun lien entre elles et qui ont été produites dans un contexte et à des époques différents. Les projets de Big Data ne tendent pas expliquer le pourquoi des phénomènes mais leur comment.

Le progrès technologique le permet et l’évolution sociétale et économique que nous vivons le demande. D’un monde vertical, (monde des pères à relations d’obéissance l’information descend de haut en bas), nous sommes passés à un monde horizontal (celui des frères, c’est-à-dire du collaboratif et du participatif avec des relations circulaires) où chacun des différents intervenants compte et où l’on veut un service personnalisé, avec une recherche toujours plus poussée du gain financier : produire mieux, plus vite et pour moins cher.

  1. Les immenses opportunités annoncées

Les applications du Big Data sont nombreuses, notamment dans les domaines de la consommation d’énergie, de la santé, de l’assurance, de la lutte contre la criminalité, du marketing. Cette masse de données est une mine d’or pour qui saura y trouver l’algorithme créateur de sens, permettant de proposer un nouveau service et donc de créer des emplois.

Les potentiels en termes de développement économique apparaissent très conséquents en termes de gain mais restent relativement limités en ce qui concerne la part de personnes appelées à y exercer leur activité. Il s’agit en effet d’industries de pointe et d’emplois à très haute qualification en nombre relativement faible au regard du nombre d’actifs. L’impact sur l’ensemble de la société sera lui néanmoins considérable et va créer une véritable onde de choc économique qu’il serait préférable d’accompagner, voire d’amplifier, que de subir

Tous les secteurs économiques sont impactés

Que ce soit en activité directe ou en effet collatéral, l’ensemble des secteurs de l’économie sont et seront touchés. L’exploitation des Big Data, combinée à l’intelligence artificielle, a en effet ouvert de nouvelles perspectives dans de nombreux domaines :

  • Santé (prévention, prospective, épidémiologie,)
  • Services publics,
  • Agriculture([2]) (optimisation des ensemencements, de l’usage des engrais, du moment de la récolte),
  • Météorologie,
  • Développement durable (optimisation des ressources),
  • Défense (cyberterrorisme, lutte contre la cybercriminalité et les réseaux mafieux),
  • Economie (fraude fiscale et sociale),
  • Commercial (détection des signaux faibles permettent d’anticiper les tendances, mieux répondre aux attentes du client).

Et les possibilités d’applications ([3]) avec d’énormes gains à la clé se comptent par centaines : prédire et empêcher les vols de voitures, optimiser les temps d’attente aux urgences, mieux cibler les contrôles douaniers, fiscaux ou des aides sociales, détecter les immeubles passoires énergétiques, repérer les entreprises qui vont prochainement recruter et les signaler aux demandeurs d’emploi concernés, affecter les remplaçants aux académies qui vont manquer d’enseignants, optimiser les feux de circulation pour désengorger et dépolluer les centre-ville, réviser la formule de calcul des prix des médicaments pour les optimiser, négocier les achats d’électricité en anticipant en en contrôlant les pics de consommation, mieux négocier les achats publics, prédire les effets microéconomiques d’une réforme fiscale, anticiper les besoins d’investissement médical grâce à l’analyse de la littérature scientifique… Grâce à la collecte de l’ensemble des informations, il est désormais possible de savoir « tout sur quelqu’un ou quelque chose», à son « insu consentante ».

III. Des dangers à ne pas négliger

Du fait de la digitalisation de nos vies personnelles et professionnelles, nous remettons entre les mains d’entreprises (et de gouvernements ?) étrangers quantités d’informations confidentielles (revenus, état de santé, correspondance privées, informations sur des contrats en cours, …). S’y ajoutent les traces laissées sur les moteurs de recherche, les réseaux sociaux et les applis mobiles qui permettent de connaître nos goûts culturels, nos choix politiques et religieux, nos orientations sexuelles, notre géolocalisation, … et les Big Data peuvent rapidement devenir un Big Brother à nos dépens. Sachant qu’on estime qu’aujourd’hui, environ 80% des données collectées sur Internet vont vers les USA([4]), on comprend l’ampleur de la vulnérabilité de l’Europe aussi bien pour les individus à titre personnel que pour les Etats.

Par exemple, lorsqu’ un GPS est intégré dans un véhicule, on peut penser que toutes les informations qu’il rassemble sont envoyées au constructeur automobile. Mais que se passe-t-il si le GPS est en fait une application d’un smartphone? Est-ce que toutes les informations finissent dans un serveur de Google en Finlande ou en Caroline du Sud ? Et in fine, à qui appartiennent-elles ? Pourrait-on ensuite les croiser avec le dossier d’assurance, ou celle du dossier médical du propriétaire pour lui offrir un tarif dit « adapté » ?

Le Big Data est un outil formidable extrêmement puissant et l’Europe doit s’y investir massivement, notamment pour éviter les risques\potentiels majeurs encourus faute de connaissance et de prise de conscience.

  1. L’usage et la propriété de données non personnelles (type agriculture)

La collecte de données générées par des machines est un phénomène qui, s’il n’en est qu’à ses débuts, va se développer de manière exponentielle. Appartiennent-elles au fabricant des machines ? A l’entreprise qui a installé les capteurs ? A celle qui a acheté les machines et les utilise ? Aujourd’hui, de plus en plus d’agriculteurs utilisent des données satellitaires analysant la nature de leurs sols et leurs besoins en engrais et de nombreux fabricants de machines agricoles, tels l’américain John Deere. Ils se servent déjà de capteurs et d’objets connectés pour éviter les pannes, anticiper des remplacements de pièces détachées et optimiser les rendements.

Tous ces nouveaux services sont basés sur des données collectées par des machines. Les bénéfices potentiels se font en termes d’économie de coût, de rendement et de protection de l’environnement. Mais que se passe-t-il si les agriculteurs n’ont pas accès à ces données qui concernent l’usage de leurs terres et que ce sont seulement les producteurs d’engrais ou les fabricants de matériels agricoles ?

  1. L’usage et la protection des données personnelles

Le Big Data, s’il est extrêmement puissant, rend cependant par définition instable la nature des données puisqu’une information qui n’est pas personnelle un jour peut, conjuguée à d’autres, le devenir le lendemain. Ainsi, aux Etats-Unis, avec les trois données que sont le code postal, la date de naissance et le sexe, 90 % des personnes sont désormais identifiables. Risque encore aggravé quand on sait que l’immense majorité des données recueillies via Internet ne sont pas cryptées et que les cas de piratages sont en très forte croissance, frappant aussi bien les particuliers, les entreprises et les structures étatiques.

Les cas du piratage des objets connectés personnels : Avec 15 milliards d’objets connectés (automobiles, bracelets, montres, réveils, systèmes domotiques, caméras de sécurité,…) aujourd’hui et 75 milliards en 2020 ([5]), un volume de données qui double tous les 24 mois, notre monde subit un véritable déluge de données exploitables et par là même un danger croissant de risques de piratage aux conséquences qui peuvent s’avérer parfois catastrophiques.

Véritables cheveux de Troie dans les maisons, tous ces objets qui mesurent notre rythme cardiaque, analysent notre sommeil ou surveillent notre domicile révèlent des données dont le vol, l’exploitation ou la revente peuvent s’avérer dramatiques pour les propriétaires.

  1. Les informations liées à l’exploitation des données (personnelles ou non)

L’analyse et le recoupement des données collectées permettent en outre de dresser des portraits type, ce qui génère un atout concurrentiel considérable pour les structures effectuant la collecte et le traitement:

  • au niveau commercial  (la connaissance amont de la clientèle ([6]) permet ainsi aux industriels américains de mieux adapter leurs produits et services par une meilleure connaissance des consommateurs que leurs rivaux),
  • au niveau de secteurs stratégiques avec des données, soit totalement confidentielles telles que les informations bancaires ou de santé (dans les hôpitaux par exemple), ou celles concernant l’agriculture, la sécurité et la défense (codes d’armements).

Les Européens ont, de ce côté, un retard important à combler sur les géants du web qui sont pour l’instant américains à une écrasante majorité. Ces derniers peuvent donc non seulement anticiper et limiter leurs investissements de recherche et développement, mais aussi avoir une vision complète sur l’ensemble de nos diverses productions, nos habitudes de consommation. Cette connaissance des données de nos activités, quelles qu’elles soient, constitue non seulement une faiblesse majeure en termes d’autonomie vis-à-vis des puissances étrangères auxquelles nous achetons matériels et logiciels mais aussi un risque considérable si de telles informations tombaient entre les mains de pays ou d’organisations mal intentionnés à notre égard.

Il est impératif de déterminer les conditions d’accès aux données générées par des machines et des modalités commerciales de leur utilisation. C’est au niveau de l’Union européenne qu’il faut établir une telle législation ([7]). Il n’existe en effet, pour l’heure, aucune réglementation en la matière, que ce soit au niveau national ou européen. Le changement n’est prévu qu’en 2018 (voir page 9).

  1. La monétisation des données personnelles

« Le Big Data, c’est pour beaucoup d’entreprises un véritable pot de miel car la monétisation des données personnelles, par exemple, peut être une source importante de revenus » ([8]). En 2014, ING avait provoqué une vive polémique aux Pays-Bas ([9]) en annonçant son intention de céder les données de ses clients à des supermarchés, qui pourraient ainsi mieux cibler les consommateurs.

Là encore, l’Europe étant rarement détentrice des données, ce sont des entreprises majoritairement d’Outre-Atlantique qui font des profits en exploitant les data des ressortissants du vieux continent !

  1. L’explosion des systèmes de solidarité

Certains secteurs étant basés sur la mutualisation de risques et la solidarité transgénérationnelle, pourraient alors subir des dérives potentielles en permettant des recoupements qui « trieraient » les individus selon des profils prédéfinis comme plus ou moins rentables. Tous les systèmes axés notamment sur la solidarité seraient appelés à terme à disparaître puisque les plus chanceux se voyant proposer des systèmes de protection financièrement avantageux refuseraient de contribuer, tandis que l’Etat, ne gardant dans son giron que les personnes « coûteuses », se retrouverait dans l’incapacité d’effectuer les prises en charge devenues trop lourdes. Les systèmes de santé et de retraite de plusieurs pays européens, basés sur la répartition, sombreraient assez rapidement sous le poids de la charge financière.

On peut ainsi clairement craindre une « ubérisation » massive de l’économie, stade ultime d’un capitalisme débridé avec un « ensauvagement » du marché du travail livré aux règles du seul profit, avec toutes les conséquences sociales que l’on imagine.

  1. La mise en place d’une marchandisation complète de tous les secteurs

Derrière le cadre idyllique du modèle économique des start-up de la Silicon valley se profile une dégradation globale de l’environnement civilisationnel ([10]) pour les pays ou organisations qui seront techniquement dépendants d’entreprises leader et innovantes du secteur du Big Data et cantonnés à l’état de simples sous-traitants.

Avec des capteurs et des analyses de données basées sur des algorithmes soi-disant de plus en plus performants, l’homme sera alors réduit à une suite de données interprétables et optimisables. Des cadences de travail aux arrêts conseillés pendant les trajets en voiture, du circuit optimisé pour le jogging à l’heure de la prise de médicaments, il sera possible de définir tous les paramètres de la vie, d’en définir le rythme et d’orienter clairement les choix de vie et/ou de consommation.

La capacité d’initiative et de créativité des individus se trouvera ainsi niée, réduite à exécuter des ordres émanant de programmes pour servir les seuls intérêts économiques de ceux qui seront maîtres des données. Des mesures coercitives seront-elles prévues à plus ou moins long terme pour les « récalcitrants », engendrant une perte de conscience et de capacité de décision qui font de nous des êtres humains libres ?

Ce déni de démocratie au niveau d’un individu pourrait également très bien s’appliquer à l’échelle d’une nation qui se mettrait alors dans une situation de vassalité fatale au sens propre du terme. En état de dépendance complet au niveau alimentaire, économique, sanitaire et militaire, on imagine facilement et rapidement le sort du pays concerné : au mieux être une espèce de Disneyland géant peuplé de consommateurs décérébrés et au pire une annexe territoriale dont les habitants ne seraient plus que de la main d’œuvre corvéable à merci.

  1. Big data : un atout majeur de la puissance économique

Les Big Data, comme l’internet, sont un prolongement de la puissance économique. La valeur ajoutée apportée peut être non seulement une réponse à un problème donné, mais surtout la mise en œuvre d’une capacité considérable d’anticipation et donc par là même d’innovation. Or, jouer en ayant un coup d’avance sur son(ses) adversaire(s) donne un avantage souvent décisif dans un monde ultra-concurrentiel…

  1. Les Etats-Unis pour l’instant leaders incontestés

Les USA ne s’y sont pas trompés et ont su développer un écosystème très favorable pour le développement des entreprises de haute-technologie. L’administration américaine leur apporte son soutien sans faille, créant ainsi un cercle vertueux où l’investissement stimule la recherche et attire les talents. Sur les 50 plus grandes entreprises du monde dans le secteur du digital, 36 sont américaines ([11]). 50% de la croissance étatsunienne provient d’ailleurs du secteur numérique, d’entreprises qui n’existaient pas il y a seulement 15 ans. Sur les 100 licornes du secteur, 15 seulement sont européennes et une seule française (Blablacar). Toutes sont marquées par une forte scalabilité et utilisent massivement les technologies du Big data pour offrir des prestations et services ultra-personnalisés parmi des masses phénoménales de données collectées et traitées en un temps très court. Que ce soit pour le hard ou pour le soft, aujourd’hui, les USA écrasent le secteur. « Dans la plupart des technologies clés, à savoir le Big data, l’Internet des objets, le séquençage du génome, la cybersécurité, les technologies spatiales et de transport, l’avancée des Etats-Unis est considérable » rappelle Bernard Benhamou, directeur de l’Institut de souveraineté numérique ([12]).

Les entreprises leaders du marché des Big Data sont toutes des structures privées extra-européennes qui se posent désormais en rivales des Etats de par la puissance financière qu’elles possèdent, les investissements colossaux qu’elles sont capables d’engager et les pressions politiques qu’elles peuvent exercer. Les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft), et maintenant les NATU (Netflix, Airbnb,Tesla et Uber) en sont le meilleur exemple. Avec certains de leurs serveurs basés en mer et échappant à toute loi, que peut-on en attendre et que peut-on craindre ? Probablement peu de positif en l’absence de capacité de réaction.

Le cas emblématique de Google

  • En tant que moteur de recherche

Google est le moteur de recherche le plus utilisé dans le monde : il représente environ 94% des recherches sur Internet en France et aux alentours de 70% dans le monde. Ces chiffres, symboles d’une situation de quasi-monopole, indiquent tout de suite la puissance de l’entreprise américaine qui le détient et dont les algorithmes sont un secret mieux gardé que la réserve d’or de Fort Knox. Utilisateur n°1 des Big data, se présentant sous l’aspect naïf, innocent et on ne peut plus séduisant d’un moyen gratuit de nous faciliter la vie, Google prétend nous offrir, en un seul clic, après avoir étudié nos requêtes précédentes,  les résultats soi-disant les plus adaptés à nos demandes d’information. Une recherche sur un sujet identique donnera donc des résultats différents selon qui en fait la demande, ce qui aboutit à un biais majeur d’accès à l’information que l’on pourrait qualifier d’anti-démocratique si ce n’était présenté comme un écrémage simplement destinée à éliminer les informations parasites ou indignes de considération : « Comme tu as déjà recherché cela, nous en déduisons que cette information est la plus aboutie pour toi. En revanche, nous ne te présentons pas celle-ci ou celle-là car, au regard de ce que nous savons sur toi, nous estimons qu’elles ne seront pas adaptées ». Cet « eugénisme informationnel » basé sur des analyses amont cantonne l’internaute dans son cercle alors qu’Internet est basé sur l’accès de toutes les connaissances. En cantonnant l’homme à domicile et en effectuant un tri préalable, Google facilite nos vies mais il les limite. Et au demeurant, l’avenir est-il écrit dans le passé ?

Au-delà de ces questions philosophiques, nous sommes en droit de nous demander si en tant que non-Américains, nous avons accès aux mêmes informations que nos amis d’Outre-Atlantique… Anecdotiques pour des questions basiques, cela suscite réflexion pour des dossiers sensibles.

  • Le cas de la messagerie

La détention d’un compte de messagerie électronique au sein de laquelle Google (gmail) permet en outre au géant américain d’accéder et de connaître les secrets de correspondance les plus intimes des individus.

Le cas des entreprises européennes est révélateur de ce problème d’utilisation des données. Par souci d’économie, certaines confient leurs échanges électroniques et leur stockage de données plus ou moins confidentielles (sur des contrats en cours ou à venir où elles sont parfois en concurrence avec des compagnies d’outre-Atlantique …). Est-on si sûrs de la neutralité de Google ?

  1. Un changement de paradigme

Les experts s’accordent à dire que l’industrie traditionnelle ne disparaîtra pas du jour au lendemain, mais qu’elle va basculer de plus en plus vers cette économie de services personnalisés centrée sur le numérique où la relation avec le client devient centrale. Le Big Data permettant, grâce aux données collectées de mieux comprendre son besoin et donc de lui fournir exactement ce qu’il attend.

Le développement du numérique ([13]) et l’augmentation exponentielle des tablettes, smartphones, ordinateurs et objets connectés engendrent et vont engendrer des quantités inédites et exponentielles de données. Celles-ci formeront un gisement de valeur pour les citoyens et un potentiel de croissance encore sous-exploité pour les entreprises. Leur exploitation, basée notamment sur les technologies du Big Data, du cloud computing et des supercalculateurs, constitue un levier de croissance très conséquent. Une part majeure de l’économie sera donc faite dans le numérique (recherche, innovation, développement et fabrication) et l’on voit donc le modèle de silos verticaux voler en éclats au profit de silos horizontaux bâtis autour d’un usage de particuliers.

Etre présente sur ce créneau sera une nécessité vitale pour l’Europe si elle souhaite rester une grande puissance économique dans le monde. Y être distancée la ferait sortir des puissances économiques de demain.

  1. L’Europe à la traîne

Sans partager le constat amer et pessimisme de certains ([14]) sur le niveau zéro de connaissance du digital, et du Big Data en particulier, de l’ensemble des décideurs de la sphère politique européenne, l’ambiance n’est cependant pas à l’optimisme et le virage à négocier va s’avérer serré.

Ces derniers sont encore majoritairement issus de la Fonction publique (toute enveloppée dans sa douceur protectrice de l’emploi à vie et offrant le luxe de se tenir l’abri des bouleversements induits par les évolutions technologiques) et encore assez peu ouverts à la notion de « guerre économique ». Ceci alors que les rangs du secteur privé sont décimés par une concurrence de plus en plus mondialisée et cruelle. Ils se sont pour l’instant révélés peu conscients des dangers/risques à venir et encore moins réactifs dans les mesures salvatrices à prendre.

L’Europe va-t-elle savoir mobiliser ses troupes dans le difficile combat qui s’est engagé pour défendre ses droits et ses valeurs, pour anticiper et maîtriser les changements au lieu de les subir ; en sachant que dans le combat qui s’est déjà amorcé, la lutte sera ultra-violente et déterminera sa position sur l’échiquier économique mondial pour les décennies à venir.

  1. Les risques mortifères de la faiblesse du vieux continent

Parce que les données sont devenues le carburant du développement économique : jamais il n’a été aussi prégnant de protéger les données personnelles et parfois même l’utilisateur, le consommateur contre lui-même vis-à-vis de l’Etat, vis-à-vis de son employeur et vis-à-vis des entreprises qui le ciblent. En France, la CNIL ([15], à partir de 2018 va ainsi appliquer des règles très strictes et très lourdes financièrement (jusqu’à 20 millions d’Euros d’amende, contrôles inopinés des entreprises qui n’auront plus besoin de faire de déclarations préalables comme aujourd’hui mais devront montrer qu’elles prennent toutes les mesures possibles pour protéger les données). Toutes les entreprises se soumettront-elles à ces exigences ? La CNIL aura-t-elle les moyens de faire appliquer ces nouvelles règles à toutes les entreprises, notamment étrangères avec les risques de chantage à l’emploi à la clé sur la situation économique ?

En effet, outre l’activité économique générée en termes de business direct, les avantages induits par une domination dans le secteur sont de plusieurs ordres : la confidentialité des données confiées, la durée et la sécurité de leur stockage, leur usage vis-à-vis de tiers, la responsabilité en cas de perte ou de vol en sont les aspects principaux. Cela nous conduit à nous poser les questions suivantes :

  • Est-il normal que des entreprises privées, de surcroît extra-européennes, détiennent les informations confidentielles sur des entreprises ou des individus européens ? Et éventuellement qu’elles les revendent ?
  • Que se passerait-il en cas de conflit où les deux parties seraient impliquées ?
  • L’Europe a-t-elle toute sa souveraineté sur des secteurs vitaux tels que l’agriculture, la santé, la défense si elle est dépendante d’autrui pour les données les concernant ?
  • Comment être sûrs que nous exerçons des veilles optimales lorsque nous surveillons des secteurs stratégiques, que nous accédons à toutes les connaissances disponibles lorsque nous prospectons sur un sujet sensible ?
  1. L’inexistence d’une Europe digitale

La France, championne des rapports et des diagnostics est au demeurant parfaitement consciente du phénomène et a réalisé de nombreux rapports sur le sujet ([16]). L’Europe s’illustre par sa dispersion tandis que les Etats-Unis et la Chine mobilisent l’ensemble de leurs moyens pour acquérir le leadership mondial dans le secteur.

  • L’Europe est déjà très largement distancée et l’immense majorité des applications pour smartphones ou tablettes sont américaines. Il n’y a d’ailleurs pas de plates-formes européennes à ce jour ;
  • L’Europe ne s’occupe que des usages mais est totalement dépendante d’infrastructures US pour le matériel et les logiciels ;
  • L’absence de coordination d’une politique européenne avec des moyens humains et financiers dignes de ce nom est patente: il n’y a pas de M. ou Mme Big data européen capable de soutenir les efforts des entreprises des membres de l’Union européenne et qui insuffle la volonté de « penser européen ».

Et pourtant, l’Europe doit être pensée comme un marché potentiel : permettons à nos champions de se développer ici plutôt que de penser que le seul salut est américain et protégeons nos pépites dont plusieurs ont déjà été rachetées ([17]) faute de mesures suffisantes.

Il est temps d’assumer haut et fort des ambitions politiques dans ce domaine vital, de coordonner les moyens français et européens pour nous battre avec les leaders mondiaux que sont les Etats-Unis, la Chine et maintenant la Russie, afin de conserver notre souveraineté.

Pour que l’Europe ne devienne pas une simple colonie américaine qui devra demander l’autorisation pour avoir accès aux données de ses propres ressortissants, il faut s’unir et agir en se donnant les moyens car seule l’union fera notre force.

Il faut créer un écosystème digital européen, fédérer nos efforts et soutenir une politique européenne numérique globale ambitieuse.

Cependant, gardons en mémoire que si la volonté pour déployer des moyens humains et matériels importants est vitale, la définition, au préalable, d’une stratégie (Rappelons ici l’excellente définition de Philippe Baumard) ([18]) européenne cohérente, ambitieuse et pérenne, faisant coexister vision politique à long terme et volonté de combat, reste primordiale !

  1. Les atouts considérables de l’Europe

Les initiatives du vieux continent étaient jusqu’ici essentiellement d’origine privées, mais sont désormais soutenues par le pouvoir politique, notamment par la Commission européenne.

  1. Une prise de conscience et une volonté d’agir

Les appels des entrepreneurs européens ont fini par être entendus et de plus en plus de politiques et de personnes de valeur de la société civile font part de l’urgence de la situation et de la nécessité pour l’Europe de se donner pleinement les moyens de jouer à armes égales avec nos concurrents, en exploitant ses multiples talents, en coalisant ses forces ([19]), en investissant les sommes nécessaires.

En France, des entrepreneurs (tels Paul Duan ([20]), patron de Bayes Impact ; Florian Douetteau ([21]), patron de Dataiku, Jean-Baptiste Rudelle ([22]), patron de Critéo), des politiques (Catherine Morin-Dessailly, sénatrice de Seine-Maritime en charge des nouvelles technologies à l’UDI ; Thierry Breton ([23]), ancien ministre des finances de 2002 à 2007 et actuel PDG d’Atos ; Fleur Pellerin ([24]), ministre de l’économie numérique de 2012 à 2014 ; Axelle Lemaire,  auteure en 2013 d’un rapport sur la stratégie numérique de l’Union européenne ; Emmanuel Macron ([25]) avec le Plan Big data de la Nouvelle France industrielle ([26]) lancé en 2015 ; des journalistes (Gilles Babinet ([27]), membre du Conseil National du Numérique ; Eric Sadin ([28]) se mobilisent à leur échelle pour témoigner dans la société civile de l’impact du numérique et notamment du Big data si certains en doutaient encore. L’ensemble des pays européens se sont d’ailleurs lancés dans la course et ont adopté des plans nationaux :

  • Allemagne: “Agenda numérique 2014/2017” ([29]) pour l’ensemble des ministères avec la création du Berlin Big Data Center (BBDC), rattaché à l’Université technique de Berlin (TUB) ainsi que le Competence Center for Scalable Data Services and Solutions (ScaDS) de l’Université technique de Dresde (TUD, Saxe).
  • Espagne: Gouvernement espagnol – Ministère de l’industrie, de l’énergie et du tourisme : « Big data en la Agenda digital para Espana » ([30]) du 13 mars 2015.

Les Néerlandais, Italiens aussi ont leurs champions privés ([31]) et leurs data centers et engagé des moyens plus ou moins conséquents. Bruxelles a ainsi dévoilé en février 2016 le lancement du consortium ExaNeSt, regroupant 12 organisations européennes. L’objectif : bâtir un prototype de supercalculateur exascale en 2016 et un second prototype plus évolué en 2018.

La Commission européenne prend le sujet très à cœur avec Günther Oettinger (commissaire européen allemand pour l’économie et la société numériques) très actif en termes de propositions et d’actions offensives tandis que le volet défensif avec une volonté de soumettre les géants américains et de protéger le patrimoine industriel innovant relève de la commissaire européenne danoise à la concurrence : Margrethe Vestager.

  1. L’engagement des états dans l’Open Data

Les données produites et détenues par les états constituent une ressource essentielle pour dynamiser la vie démocratique (transparence et concertation), stimuler l’innovation économique et sociale, voire pour améliorer le fonctionnement même de l’État (décloisonnement, meilleur pilotage des politiques publiques, etc). La transformation numérique de l’État ne peut se passer d’une politique stratégique de la donnée et un État intelligent doit s’appuyer sur ces données pour être plus efficace. Un accès plus large et de meilleure qualité aux données publiques permettra d’encourager l’ensemble de la société à créer de la valeur et de nouveaux services numériques utiles au public.

En 2013, l’Union européenne ([32]) a adopté la directive 2003/98/CE concernant la réutilisation des informations du secteur public (directive PSI), actuellement transposée en France au travers du Projet de loi pour une République numérique. De nombreux pays européens ont franchi le pas et se sont lancés dans des projets d’Open data destinés à optimiser l’efficience des services régaliens tels que les transports, l’énergie ou la santé ([33].

Le cas de la France : En intégrant le Partenariat pour le Gouvernement Ouvert qu’elle va présider en 2016-2017 et en nommant un administrateur général des données (Henri Verdier), la France a renforcé son potentiel d’influence en la matière. Des efforts qui ont déjà été reconnus au niveau international. L’ONU a classé, en juillet 2014, la France 4e pays au monde en matière d’administration numérique (et 1er européen), saluant notamment les progrès réalisés en matière d’ouverture des données et de politique d’open source.

  1. Des formations de pointe reconnues

L’Europe, et la France n’est pas en reste, possède d’excellentes formations techniques et scientifiques mondialement reconnues ([34]), que ce soit pour la création artistique digitale ou le traitement mathématique et statistique des données (écoles d’ingénieurs). Mais une bonne partie de ses diplômés est siphonnée par des entreprises étrangères (américaines surtout !) faute de structures françaises suffisantes susceptibles d’offrir des missions et des salaires attractifs. La French Tech n’est pas une légende mais ne doit pas restée anecdotique et se contenter de faire de la figuration à Hollywood… Nos partenaires européens ont aussi de très bonnes écoles à faire valoir.

Cependant, l’Europe doit continuer d’investir dans le secteur éducatif pour former des techniciens et ingénieurs de haut niveau mais aussi pour augmenter le niveau global de ses ressortissants et les sensibiliser fortement aux nouvelles technologies au cours de leur cursus. Double avantage : des consommateurs avertis et des individus plus réceptifs et plus adaptables aux changements.

  1. Des initiatives européennes tous azimuts
  2. Au niveau politique et institutionnel
  • Limiter la puissance américaine

Soumettre les entreprises extra-européennes aux mêmes règles (fiscales notamment) que les entreprises européennes pour éviter le dumping social.

  • Développer des cadres juridiques destinées à protéger les données collectées

Le «règlement général sur la protection des données» ([35]) qui entrera en vigueur en 2018 permettra aux citoyens européens de mieux contrôler leurs données personnelles. Il contient aussi des bénéfices importants pour les entreprises. Elles auront dorénavant l‘avantage d’un guichet unique et d’un seul jeu de règles européen pour opérer sur le grand marché unique du numérique. Günther Oettinger (commissaire européen allemand pour l’économie et la société numériques) plaide pour la mise en place rapide d’un «code civil sur les données» ([36]). Le morcellement serait fatal et nous risquerions de nous voir imposer la loi des grandes plateformes numériques, faute de proposer une alternative de taille critique. Dans ce cadre, le 17 octobre dernier, s’est tenue à Bruxelles, une conférence avec des personnalités de premier plan des secteurs scientifiques et industriels du secteur. Il est prévu d’avoir suffisamment clarifié les questions les plus importantes d’ici quelques mois pour que puisse être présentées, dans un document stratégique, les grandes lignes de l’action future de l’UE dans le domaine de la propriété des données et de leur utilisation.

  1. Au niveau des entreprises
  • Se positionner sur les marchés innovants

A travers des dispositifs innovants, comme la protection des données dès la conception, le chiffrement ou la pseudonymisation, les fabricants d’objets connectés en Europe ont une véritable carte à jouer pour faire de la protection de la vie privée un atout commercial majeur.

La mise en place d’une charte éthique comme s’apprête à le faire une grande banque française ([37]) à partir du 1er janvier 2017 pour ses 52 millions de clients fait aussi partie des démarches novatrices témoignant d’une capacité et d’une volonté européenne de se différencier au bénéfice du client.

  1. Des investissements massifs et continus dans les centres de recherche et le développement des super calculateurs
  • L’Europe dans la course

La puissance des calculateurs est aussi l’une des clés de la maîtrise du Big data. La liste des clusters dépassant le pétaflops de puissance calcul s’étend dorénavant rapidement. En 2013, bon élève, la France ([38]) alignait 5 clusters pétaflopiques (contre 3 précédemment), passant ainsi devant la Chine et l’Allemagne. Pour la première fois, les pays de l’Union européenne faisaient jeu égal avec les États-Unis. L’entrée en lice de certains pays, comme la Finlande, les Pays-Bas et la Suède, ainsi que le renforcement de l’arsenal français permettaient à l’Europe de proposer un total de 19 machines dépassant le pétaflops. 20 en comptant le Piz Daint suisse.

  • Mais un jeu de cartes perpétuellement rebattu

Les États-Unis restent toutefois les champions du Top 500, avec un plus grand nombre de machines classées (45,4 %) et une plus grande puissance de calcul totale ([39]). La course a cependant été relancée en 2015 par les USA avec l’annonce de la création d’un super ordinateur d’une capacité de 1 000 petaflops pour 2023 (soit 30 fois plus que le Chinois, Tianhe-2) pour «maximiser les avantages du calcul haute performance au profit de la compétitivité économique et de la recherche scientifique» ([40]), création corrélée à l’initiative nationale baptisée NSCI (National Strategic Computing Initiative) qui a pour but de faire travailler main dans la main plusieurs agences gouvernementales. Cependant, en 2016, les données ont déjà complètement changé. Les Etats-Unis s’inquiètent ainsi de l’avenir de leur leadership dans les supercalculateurs et affichent officiellement leur volonté de contrer au moins 6 concurrents crédibles : l’Union européenne, le Japon, l’Inde, la Corée du Sud, la Russie et, évidemment, la Chine ([41]). Un rapport de l’Information Technology and Innovation Foundation (ITIF), un think tank de Washington qui se focalise sur les politiques d’innovation, montre en tout cas que ce n’est pas gagné d’avance. « Un nombre sans cesse croissant de pays a réalisé des investissements importants et mis en place des stratégies holistiques pour se positionner à l’avant-garde de la concurrence pour le leadership global sur le HPC », ajoutant : « L’Amérique a besoin d’une collaboration entre secteur public et privé et d’investissements de tous ces acteurs pour maintenir sa position dominante dans la production de systèmes et d’applications HPC. » ([42]) L’Europe sait donc officiellement à quoi s’en tenir. La déclaration de guerre est donc claire … Malheur à ceux qui ne seront pas dans la course. Vae victis comme disaient les Romains !

Dans ce cadre, Thierry Breton, PDG d’ATOS, qui entrevoit la bascule vers le quantique ([43]) entre 2025 et 2035, déclarait début 2016 « l’économie produit des volumes importants de données, mais aujourd’hui elles sont très peu utilisées. Le HPC apporte une réponse à ceux qui doutent encore de la productivité du numérique sur l’économie ».

  1. Propositions d’axes potentiels de développement
  • Organiser une politique européenne globale avec un(e) responsable clairement identifiée, une feuille de route précise et un budget dédié.
  • Investir massivement sur le secteur du Big data ([44]) (mêlant financement publics et privés) avec la mise en place d’une structure comparable au In-Q-Tel ([45]) américain, fonds d’investissement de la CIA doté d’un budget de plus de 30 milliards de dollars et qui est présent dans les start-up reconnues pour être des futures licornes.

— > Créons des majors européens avec un moteur de recherche, des messageries, des lieux de stockage qui nous éviterons de passer par des entreprises américaines.

  • Faire de nos constructeurs informatiques des géants capables d’assurer notre indépendance en termes de logiciels et de matériels : Bull est encore un nain !
  • Protéger les données personnelles de nos ressortissants grâce à l’adoption d’un cadre législatif bien défini. L’espoir est de mise avec la législation de mai 2016 qui rentrera en vigueur en 2018.
  • Mettre en place un cadre fiscal européen harmonisé et favorable à l’investissement privé.
  • Créer des dispositions juridiques protectrices pour limiter la prédation des pépites ([46])
  • Mettre en place un équivalent de la FCPA ([47]) qui permettrait de mettre en place l’extraterritorialité du droit européen.
  • Catalyser ses ambitions pour faire émerger les champions européens (création d’un label « stratégique » ?) qui permettrait d’obtenir des financements dédiés et empêcherait le rachat par des pays étrangers.
  • Développer la formation de ses citoyens (surtout les filles d’ailleurs).
  • Investir les organismes établissant les normes

Une politique numérique européenne doit être créée pour être réellement opérationnelle, au sens pragmatique du terme, c’est-à-dire qu’elle doit être « barbarisée » pour s’adapter aux règles très violentes de la concurrence mondiale. Il ne s’agit pas seulement d’agglomérer des entreprises mais de leur permettre de s’adapter en permanence. Comme le dit Sun Zu, «N’allons pas au conflit ! ». Il ne servirait à rien d’ériger des lignes Maginot ou des systèmes contraignants qui pénalisent en premier lieu nos propres start-ups, contre les puissants concurrents. Cependant, il faut retenir que nos modes de pensée actuels sont inopérants et contre-productifs car inutilement axés sur la défensive. Soyons agiles et aussi créatifs que les GAFAM !

S’est mis désormais en place un nouveau Business model, majoritairement sans structures physiques (les nouvelles entreprises sont rarement propriétaires de leurs locaux), où la valeur d’une entreprise n’est plus de la production ou la vente de données mais la combinaison et un traitement à valeur ajoutée qui va permettre de mieux cibler l’acheteur potentiel. Ce qui restructure totalement le paysage … car celui qui le contrôle des données et la capacité de les «traiter» a plus de pouvoir que celui à qui elles appartiennent : cette lutte fondamentale, cœur du Big Data, sera la prochaine dans le secteur du digital et l’on voit déjà que les Majors qui détiennent les plus grosses quantités de données et les exploitent pour gagner de l’argent (Google en est l’exemple le plus flagrant) sont conscientes du sujet et se battent bec et ongles pour conserver cette poule aux œufs d’or ([48]). Elle est stratégique et vitale pour la survie de l’Europe qui montre des signes évidents de prise de conscience ([49]) même si la traduction concrète tarde à se mettre en place.

Ce n’est pas seulement l’avenir du secteur du numérique européen qui est en jeu mais la place de l’Europe tout court dans le monde : Loupez le train du digital et plus particulièrement des Big data revient à descendre du train de la compétition mondiale et à mettre l’Europe dans le dernier wagon ! Au niveau impact en matière économique, sociétal et politique, le digital est ce que l’on appelle une rupture quantique.

L’Europe doit en être un acteur majeur. Elle en a les moyens, mais elle en a aussi le devoir si elle souhaite rester maîtresse de son destin. 

 

 

Bibliographie :

Rapport du conseil d’Etat sur le numérique : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/144000541.pdf

http://www.modernisation.gouv.fr/sites/default/files/fichiers-attaches/rapport_agd_decembre2015.pdf

http://www.modernisation.gouv.fr/sites/default/files/fichiers-attaches/plaquette-epp-mai2016.pdf

Emission à écouter :

Big Data ou Big Brother ? La raison du numérique (France Inter – Nicolas Demorand – 49 minutes)

https://www.franceinter.fr/emissions/un-jour-dans-le-monde/un-jour-dans-le-monde-05-mai-2015

Dominique Cardon : Comprendre les algorithmes (10 minutes)

http://meta-media.fr/2015/10/27/big-data-comment-les-algorithmes-faconnent-le-monde.html

http://www.franceculture.fr/emissions/les-carnets-de-l-economie/dominique-cardon-34-les-big-data-n-ont-pas-besoin-de-modele

Liens utiles :

http://observatoirebigdata.fr/

http://www.portail-ie.fr/article/1248/L-intelligence-e-conomique-a-la-rencontre-du-Big-Data-1-2

http://www.portail-ie.fr/article/1250/L-intelligence-economique-a-la-rencontre-du-Big-Data-2-2

http://www.portail-ie.fr/article/1138/La-revolution-francaise-du-Big-Data-aura-t-elle-lieu

https://flipboard.com/@Valerie_S

http://www.journaldunet.com/economie/magazine/1177211-google-sidewalk-labs-smart-city/

http://www.journaldunet.com/economie/sante/1175836-le-plan-de-google-pour-devenir-un-geant-de-la-sante-mondial/

http://www.usine-digitale.fr/editorial/les-big-data-nouvelle-drogue-des-industries-de-sante.N388937

http://hightech.bfmtv.com/logiciel/renforcer-la-protection-des-donnees-personnelles-stimulera-le-big-data-982766.html

[1]Machine learning : Apprentissage automatique – Ce champ d’étude de l’intelligence artificielle, concerne la conception, l’analyse, le développement et l’implémentation de méthodes permettant à une machine (au sens large) d’évoluer par un processus systématique, et ainsi de remplir des tâches difficiles ou impossibles à remplir par des moyens algorithmiques plus classiques.

Le Watson d’IBM en est actuellement le représentant le plus abouti : http://www-05.ibm.com/fr/watson/

Deep learning : Apprentissage profond – C’est un ensemble de méthodes d’apprentissage automatique tentant de modéliser avec un haut niveau d’abstraction des données grâce à des architectures articulées de différentes transformations non linéaires. Ces techniques ont permis des progrès importants et rapides dans les domaines de l’analyse du signal sonore ou visuel et notamment de la reconnaissance faciale et vocale, de la vision par ordinateur et du traitement automatisé du langage. Dans les années 2000, ces progrès ont suscité des investissements privés, universitaires et publics importants, notamment de la part du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon)[]. En octobre 2015, le programme alphaGo ayant appris à jouer au jeu de go par la méthode de l’apprentissage profond a battu par 5 parties à 0 le champion européen Fan Hui[]. En mars 2016, le même programme a battu le champion du monde Lee Sedol 4 parties à 1.

[2] – Rapport du Sénat : La place du traitement massif des données (big data) dans l’agriculture : situation et perspectives (juillet 2015 – https://www.senat.fr/notice-rapport/2014/r14-614-notice.html)

[3]Henri Verdier – Direction Interministérielle au Numérique

[4]Charles HUOT Cf. INRIA – Intervention à l’EGE le 15/12/2014 : « La compétition dans le big data »

[5] – Le Monde : Faisons du Big Data une chance pour l’Europe !

http://www.lemonde.fr/idees/article/2015/06/17/faisons-du-big-data-une-chance-pour-l-europe_4655737_3232.html#hCcIXTXmlH3EM3ot.99

[6] – Fabrice Lorvo, avocat spécialiste des nouvelles technologies « Les USA et l’Europe ont des visions opposées sur la propriété des données collectées via les réseaux. En Europe, la collecte est autorisée dans le cadre d’un usage précis que l’entreprise collectrice doit préalablement déclarer auprès d’un organisme spécifique telle que la CNIL alors qu’outre-Atlantique, les données sont une marchandise comme une autre et appartiennent à celui qui les collecte ». Capital n° 291 de décembre 2015

[7] – La Législation valable actuellement date de 1995 et n’est plus adaptée au contexte actuel

Parlement européen : Big data : les députés évaluent les opportunités et les risques (27/09/2016) : http://www.europarl.europa.eu/news/fr/news-room/20160926STO44010/big-data-les-d%C3%A9put%C3%A9s-%C3%A9valuent-les-opportunit%C3%A9s-et-les-risques

Protection des données – Respecter la vie privée des citoyens européens (14/04/2016) : http://www.europarl.europa.eu/news/fr/top-stories/20130901TST18405/protection-des-donn%C3%A9es

[8] – Pierre Metge, directeur marketing stratégique groupe chez Crédit Agricole SA (Casa) – Octobre 2016

[9] – Les Echos – Article du 18/10/2016 : Big Data : le Crédit Agricole se dote d’une charte éthique
http://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/0211401693642-big-data-le-credit-agricole-se-dote-dune-charte-ethique-2035701.php?VkRsGisxhXaPdBfg.99

[10] – Eric Sadin – Libération du 20 octobre 2016 : « L’anarcho-libéralisme numérique n’est plus tolérable » – http://www.liberation.fr/futurs/2016/10/20/eric-sadin-l-anarcho-liberalisme-numerique-n-est-plus-tolerable_1523257

[11] – Antoine Garapon, « La force des États-Unis est d’avoir une vision du monde et d’assumer le pouvoir qui est le leur.» in « Deals de Justice »

[12]http://www.souverainetenumerique.fr/
Le premier numéro est dédié aux nouveaux enjeux européens de la souveraineté numérique : http://www.souverainetenumerique.fr/sites/default/files/Cahiers-de-la-SouveraineteNumeriqueN1.pdf

[13]http://www.economie.gouv.fr/nouvelle-france-industrielle/accueil

[14]L’expansion n° 818 d’octobre 2016 – Interview de Denis Jacquet, Chef d’entreprise et coprésident de l’Observatoire de l’ubérisation – page 100 : « Prendre le cap du numérique »

[15] – CNIL : Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés : http://www.cnil.fr

[16] – 2003 – Rapport Carrayon : « Intelligence économique, compétitivité et cohésion sociale »

– 2009 – Rapport de la Commission Juppé/Rocard : « Investir pour l’Avenir »

– 2015 – Rapport d’Anne Lauvergeon : « Innovation 2030 »

[17]Captain Train devenu TrainLine (Agence de voyage en ligne passé sous contrôle anglais) et Withings (Start-up française leader sur les objets connectés (santé), vient d’être rachetée par Nokia. Cette pépite française mondialement reconnue est un exemple non pas de l’absence de financement mais d’absence de vision stratégique et d’engagement sur la scène mondiale, http://www.frenchweb.fr/withings-ou-lhistoire-dune-naivete-francaise/241378 )

[18]Philippe Baumard : « Le vide stratégique » – page 15 : « A l’absence de vision, on a substitué, un entêtement obsessionnel de l’efficacité des moyens ; mais la stratégie ne se résume pas à l’organisation efficace de moyens pour atteindre un but. La stratégie est la capacité de définir une raison d’être – un dessein – qui assure la pérennité et l’épanouissement de ce qui est et de ce qui sera. »

[19] – Les Européens ne doivent pas être les nouveaux Curiaces car en dispersant leurs efforts humains, techniques et financiers, ils risquent de connaître le même sort funeste que les 3 frères d’Albe-la-Longue contre le Romain Horace.

[20]Bayes impact (Paul Duan) : http://www.bayesimpact.org/ – ONG utilisant le big data, créée par un ancien élève du Lycée franco-allemand de Buc, en accord avec Pôle emploi, pour résoudre le chômage de masse

[21]Dataiku (Florian Douetteau) : http://www.dataiku.com/ – Société française fondée en 2013, basée à Paris, elle développe une plateforme pour analyser la donnée et développer des méthodes prédictives en environnement Big Data. Son siège vient malheureusement que quitter Paris pour New-York.

[22]Critéo (Jean-Baptiste Rudelle) : http://www.criteo.com – Société française créée en 2005, basée à Paris, spécialisée dans le ciblage publicitaire. L’algorithme qu’elle a mis au point tente de prévoir les intentions d’achat des internautes à partir de leur historique de navigation, ce qui permet d’afficher des publicités ciblées. Elle emploie aujourd’hui plus de 1500 personnes, réalise un CA de plus d’un milliard d’Euros par an et est la première entreprise française présente au NASDAQ (introduction réalisée en octobre 2013).

[23]Thierry Breton : Mandaté par la Commission européenne avec le président de SAP, entreprise allemande de logiciels, notamment des systèmes de gestion et de maintenance, pour élaborer des propositions en faveur d’une politique de sécurisation et de stockage des données.

[24]Fleur Pellerin – qui a créée en 2013 l’Alliance Big data – http://www.alliancebigdata.com/fr/ – qui regroupe les acteurs de la filière française du big data : associations professionnelles, entreprises, institutions universitaires… On y trouve l’ADBS, l’Aproged, le GFII mais aussi l’Institut Mines-Telecom, le cabinet Cap Gemini, l’éditeur Temis ou le pôle de compétitivité Cap Digital.

[25]Emmanuel Macron : ministre de l’économie et des finances et du numérique d’août 2014 à août 2016

[26] – Lancement effectué le 18 avril 2015 : http://www.economie.gouv.fr/nouvelle-france-industrielle/accueil

[27] – Gilles Babinet : « Penser l’homme et le monde autrement », Février 2015

[28]Eric Sadin : Philosophe et écrivain, auteur de « La vie algorithme » en 2015, de « La Silicolonisation du monde – l’irrésistible expansion du libéralisme numérique » en 2016.

[29]http://www.science-allemagne.fr/fr/actualites/technologies-de-linformation-et-de-la-communication-tic/lallemagne-intensifie-la-recherche-dans-le-big-data/

http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique/veille-scientifique-et-technologique/allemagne/article/les-enjeux-du-big-data-en-discussion-au-berlin-big-data-center

[30]http://planetic.es/sites/default/planeticfiles/content-files/page/05.%20Big%20Data%20en%20Agenda%20Digital%20-%20Jose%20A.%20Alonso.pdf

[31] – Des grosses structures (Atos, Talend, Keyrus, Ingesi, SAP, … ) aux multiples start-up (Captain Dash, Saagie, Dataiku, Ebbiznext, …) au sein de ce que l’on appelle la smart industry dans les secteurs de l’usine Virtuelle (simulation, modélisation, réalité augmentée…), la continuité numérique, Mécatronique, Impression 3D (Fabrication additive, prototypage, fabrication directe), la cobotique, les objets connectés (capteurs/actionneurs connectés, RFID…), le pilotage/Commande de lignes, la SMAC (Social, Mobility, Analytics and Cloud, Service/Conseil (organisation, financement, ingénierie…)

[32]Le portail «Données ouvertes» de l’Union européenne est un point d’accès unique à un éventail croissant de données produites par les institutions et organes de l’Union européenne (UE). Ces données peuvent être utilisées et réutilisées gratuitement à des fins commerciales ou non. En proposant un accès simple et gratuit à ces données, le portail contribue à en promouvoir une utilisation innovante et à en exploiter le potentiel économique. L’objectif est également de renforcer la transparence et la responsabilité des institutions et organes de l’UE. Le portail des données ouvertes de l’UE est géré par l’Office des publications de l’Union européenne. La mise en œuvre de la politique en matière de données ouvertes de l’UE incombe à la direction générale «Réseaux de communication, contenu et technologies» de la Commission européenne.

https://data.europa.eu/euodp/fr/data

[33]Exemple de projet innovant français : Partenariat CNAM – Polytechnique pour exploiter le SNIIRAM qui est une base de donnée sans équivalent en Europe (Chaque soin consommé est associé à des informations sur les bénéficiaires, les organismes de prise en charge, le décompte des remboursements, les prestations proposées, les professionnels ou établissements de santé. Chaque année, ce sont ainsi 1,2 milliard de feuilles de soins, 500 millions d’actes médicaux et 11 millions d’hospitalisations (sur le seul champ médecine-chirurgie-obstétrique) qui sont déversées dans le Sniiram. Et le taux de couverture de la population est de 98 % (assurés et ayants droits). Les données qui peuvent en être extraites pour améliorer l’efficience de notre système de santé sont énormes.

[34]Yann LeCun et Emmanuel Mogenet sont deux chercheurs français. Le premier est patron de FAIR, unité de recherche en Intelligence artificielle de Facebook et le second est son alter ego au niveau européen chez Google. Alors qu’un chercheur français est payé deux et demi le smic, les GAFAM leur en propose en moyenne 10 fois plus…

[35] – Le nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles est paru au journal officiel de l’Union européenne le 4 mai 2016 et entrera en application en 2018 : https://www.cnil.fr/fr/reglement-europeen-sur-la-protection-des-donnees-ce-qui-change-pour-les-professionnels

[36] – Le Monde du 17 octobre 2016 : Big data : « Pour un “code civil” des données numériques »

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/10/14/big-data-pour-un-code-civil-des-donnees-numeriques_5013610_3232.html

[37] – Le Crédit Agricole – Article des Echos du 18/10/2016 : Big Data : le Crédit Agricole se dote d’une charte éthique

http://www.lesechos.fr/finance-marches/banque-assurances/0211401693642-big-data-le-credit-agricole-se-dote-dune-charte-ethique-2035701.php

[38]La France a lancé son plan national intitulé « Plan supercalculateurs »http://www.entreprises.gouv.fr/politique-et-enjeux/plan-supercalculateurs

[39]http://www.silicon.fr/supercalculateurs-leurope-rattrape-les-etats-unis-102021.html#7vyDLI4HTpMk4YYr.9

[40] – Les Echos : Article du 30 juillet 2015 : http://www.lesechos.fr/30/07/2015/lesechos.fr/021238115945_le-supercalculateur-le-plus-puissant-du-monde-annonce-par-barack-obama.htm#Z2tfx60SsIYz5psO.99

[41]Chine : le grand bond en avant du big data : Article du Ministère des Affaires étrangères du 23 septembre 2015 : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/politique-etrangere-de-la-france/diplomatie-scientifique/veille-scientifique-et-technologique/chine/article/chine-le-grand-bond-en-avant-du-big-data?xtor=RSS-4

[42] – Article sur Silicon du 2 mai 2016http://www.silicon.fr/supercalculateurs-etats-unis-concurrence-chine-146346.html

[43] – Un ordinateur quantique exploite les lois étonnantes de la mécanique quantique pour traiter l’information. Contrairement à un ordinateur traditionnel qui utilise le 0 ou le 1 pour représenter un bit, un ordinateur quantique utilise des bits quantiques encore appelés qubits. Ce dernier (qubit) est un système quantique qui peut avoir une valeur de 0, 1, ou les deux en même temps. C’est un domaine en plein essor soutenu financièrement par de nombreuses organisations, entreprises ou gouvernements, du fait de l’importance de l’enjeu dans la sécurité des communications, et donc de l’économie et des états.

Cette capacité permettrait à un ordinateur quantique de casser une bonne partie des systèmes cryptographiques actuellement utilisés, en particulier la plupart des méthodes de chiffrement asymétriques : RSA, ElGamal ou Diffie-Hellman. Ces algorithmes sont utilisés pour protéger des pages Web, des messages électroniques, et beaucoup d’autres types de données. Parvenir à passer ces protections serait un avantage majeur pour l’organisation ou le pays qui y parviendrait.

[44] – Programme européen Quantum Manifesto – Stratégie européenne finalisée en mai 2016 commune pour valider l’investissement d’un milliard d’Euros au sein d’un programme cadre afin de donner à l’Europe les moyens à l’avant-garde de la deuxième révolution quantique dès 2018.

[45]https://www.iqt.org/  qui annonce son objectif dès sa page d’accueil : « Mission IQT identifies, adapts, and delivers innovative technology solutions to support the missions of the Central Intelligence Agency and broader U.S. Intelligence Community. »

[46] – Avril 2016 : Rachat de Withings, entreprise française leader mondial des objets connectés en santé depuis 2009, par le finlandais Nokia pour 170 millions d’Euros.

– Withings ou l’histoire d’une naïveté française : http://www.frenchweb.fr/withings-ou-lhistoire-dune-naivete-francaise/241378

L’Expansion n° 818 d’octobre 2016 – « La nouvelle suprématie américaine » : En 2015, Wit.ai , spécialisée dans la reconnaissance vocale, a été avalée par Facebook. Au début de l’été, Moodstocks, en pointe dans la reconnaissance d’image passait sous le pavillon de Google.

[47]Foreign Corrupt Practices Act – Loi fédérale américaine anti-corruption de 1977 et appliquée aux entreprises étrangères depuis 1998.

[48]   Article du Nouvel Observateur – 2 Juin 2016 – La puissance de Google, le Léviathan numérique

[49] Loi européenne du 25 mai 2016 – directive SMA – http://europa.eu/rapid/press-release_IP-16-1873_fr.htm et http://ec.europa.eu/priorities/digital-single-market_en